© Kaatje Verschoren
  • Interview

"Hier est une histoire d’amour, un studio mais aussi une boite à outils, un lieu, espace de rencontre à Bruxelles."

Une interview avec Théa Hallak — co-fondatrice de studio HIER un studio de design

27 juillet 2022

Théa Hallak, architecte, a étudié à Beyrouth et à Londres, Thomas Billas, designer, a étudié à Lille, Tournai et Bruxelles.

Ensemble, ils ont fondé HIER à Bruxelles, un studio qui œuvre à des solutions à la fois esthétiques et raisonnées de branding pour commerces, marques et institutions.

Le duo jongle avec la scénographie, la signalétique, et toute « chose » qui traduit les philosophies de la marque en expériences tangibles et spatiales, des histoires physiques et responsables. Repenser les objets du quotidien est une partie importante de leur travail.

Quelle est la dynamique de travail de votre studio ? Quelle est votre approche?

"Hier est une histoire d’amour, un studio. Mais aussi une boite à outils, un lieu, espace de rencontre à Bruxelles. Je suis architecte de formation et Thomas designer industriel. En travaillant ensemble à Beyrouth on a réalisé que nos pratiques avaient beaucoup en commun. Thomas a commencé par la signalétique et moi la scénographie, les display pour des expositions. Ce sont deux univers qui se rejoignent et qui ensemble viennent souligner cette idée de « branding physique ». Comment raconter l’histoire d’une marque, d’un commerce, au travers un espace et/ou objet. Tout ceci ne se limitant pas au design graphique."  

"On fait du « hand to hand », quand un.e client.e vient nous voir nous réfléchissons ensemble et sommes à l’écoute de ses besoins. De la réflexion à la livraison du projet. Nous expliquons notre vision et favorisons les solutions flexibles et les collaborations avec nos partenaires."

 

Pourquoi l’upcycling et la création à partir de matériaux anciens a-t-elle une place importante dans vos réalisations?

"HIER conçoit de manière responsable et produit localement. Mais l’upcycling dépend du projet, du.de la client.e et de différents paramètres. Si nous avons à disposition des matériaux simple à réutiliser, transformer nous le ferons bien sûr. Mais parfois le fait de réutiliser est trop énergivore, à ce moment-là on réfléchit à des alternatives qui consomment beaucoup moins d’énergies et matériaux. On travaille vraiment au cas par cas avec chaque client.e. Pour chaque projet on se pose des questions : A quoi ça va servir ? Qu’en sera-t-il dans quelques années ? Si l’object casse ou s’abime que fait-on ? Sera-t-il possible de le (re)réparer ?"  

"Nous essayons d’avoir le plus petit impact dans la production et la consommation énergétique, nous prenons en compte le nombre d’opération que va subir une matière."

Théa Hallak

Vous êtes ancien.nes résident.es du MAD, aujourd’hui vous travaillez sur un projet de réaménagement des espaces de résidence, quel a été votre parcours depuis que vous avez quitté le MAD? 

"L’atout du MAD pour nous à l’époque c’était avant tout de nous offrir un bel atelier pour recevoir les client.es, prospecter, développer notre studio et avoir accès à des machines. C’était un moyen de commencer en communauté, ce qui nous a apporté, entre-autre, de la motivation. Même s'il nous a manqué un peu de projets communs et coaching au début. Aujourd’hui notre studio/workshop est installé chaussée d’Alsemberg à Saint-Gilles et nous travaillons sur des projets pour Duvel, Hub Brussels, l’iMAL, le MAD Brussels."

 

Les matériaux bruts et la ré-attribution des objets sont au cœur de votre pratique, quels matériaux avez-vous utilisé pour le projet de la rue du Vautour avec le MAD?

"Il y a quelques années nous avons travaillé sur un projet de réaménagement des Ateliers du MAD de la rue Haute. Le projet est resté en place pendant 3 mois puis nous avons déménagé et ce qui a été produit a été mis de côté. De façon esthétique et architecturale l’atelier de la rue Haute a beaucoup en commun avec celui de la rue du Vautour. Nous avons cherché à être respectueux du lieu en faisant des clins d’œil à son histoire et celle du MAD. On voit qu’il y a eu des additions, des transformations dans le bâtiment au mixe de carrelage et béton. C’est la raison pour laquelle nous voulions réintégrer l’idée de la rue Haute, avec l’utilisation de l’acier galvanisé. Nous utilisons souvent ce matériau, pas forcément pour son esthétique mais parce que c’est un matériau brut très intéressant, qui tient dans le temps. Ce n’est pas nécessairement l’ADN de notre studio mais on le voit se répéter souvent dans nos différents projets."

 

Quels sont, selon vous, les enjeux du design aujourd’hui? 

"Avoir une approche écologique, en faisant attention à ce que ce que l’on produit puisse être recyclé, c’est un paramètre qui devrait être dans les compétences essentielles de chacun.e aujourd’hui. Ça ne doit plus être une identité, quelque chose de différenciant mais la base de toute réflexion."

"Nous essayons d’avoir le plus petit impact dans la production et la consommation énergétique, nous prenons en compte le nombre d’opération que va subir une matière. Notre attention se porte également sur la fin de vie de l’objet, de quelle manière celui-ci pourra être traiter à la fin de son utilisation."

 

Quelles sont les particularités des artisan.es belges, avec lesquel.les vous collaborez?

"Nous collaborons beaucoup avec les artisan.es, pour compléter nos expertises. En fonction du projet, nous faisons appel à des créateur.ices textiles, des graphistes, des céramistes… On dessine le projet et on cherche le langage approprié avec les personnes appropriées. Collaborer avec d’autres nous permet d’apprendre de nouvelles choses, générer un esprit d’équipe et faire le lien avec d’autres disciplines artistiques et artisanales locales et internationales."